Le Trésor National de l’Afrique du Sud a récemment proposé une idée audacieuse : instaurer une taxe nationale de 20 % sur les revenus bruts des jeux d’argent en ligne, en plus des prélèvements provinciaux existants. Cette proposition, publiée pour consultation publique à la fin novembre 2025, vise à répondre à la croissance rapide des paris en ligne et aux préjudices sociaux liés au jeu problématique.
Selon une note publique du Trésor, le jeu en ligne s’est développé grâce à une meilleure connectivité et technologie, rendant les jeux d’argent disponibles « presque partout et à tout moment ». Le Trésor soutient que les coûts sociaux liés au jeu problématique justifient l’utilisation d’outils politiques plus stricts.
Toutefois, cette approche pourrait être au centre d’un débat animé sur la régulation du jeu en Afrique du Sud, et sur les intentions du Trésor : cherche-t-il à réduire les méfaits, à augmenter les recettes, ou les deux ?
Une taxe au-dessus des provinces
Dans les discussions actuelles devant les parties prenantes, la taxe nationale de 20 % serait imposée sur la même base que celle utilisée pour les taxes provinciales sur le jeu, qui, selon Moneyweb, varient généralement entre 6 % et 9 % des revenus bruts des opérateurs de jeux d’argent.
Le Trésor reconnaît que le chiffre est conséquent. Le document de consultation, cité par Business Day, indique que cette taxe pourrait générer plus de 10 milliards de rands en recettes nationales supplémentaires aux niveaux actuels, tout en soulignant que le principal objectif est de dissuader le « jeu problématique et pathologique et ses effets néfastes ».
La logique politique sous-jacente est également simple : le Trésor soutient que les casinos physiques offrent des avantages en termes d’emploi et d’infrastructure, tandis que le jeu en ligne offre peu d’effets positifs comparables, ce qui justifie un taux plus élevé pour l’en ligne.
« Inconstitutionnel », et un débat de consultation
La Free Market Foundation (FMF) a qualifié ce plan de « captation de recettes flagrante », et l’intern d’Ayanda Zulu de la FMF affirme qu’une taxe nationale entre en conflit avec un système où la régulation du jeu repose largement sur les provinces.
Selon Zulu, une taxe nationale serait inconstitutionnelle car elle centralise la responsabilité fiscale et ignore les limites imposées au gouvernement national.
La question du marché illégal impossible à ignorer
Des voix liées à l’industrie se concentrent également sur un autre point de tension : l’approche de la proposition vis-à-vis du jeu interactif, qui reste légalement contestée en Afrique du Sud.
Des rapports soulignent que, bien que les paris en ligne autorisés soient permis, la plupart des formes de jeu interactif (y compris les casinos en ligne) restent techniquement illégales, la loi d’amendement de 2008 n’ayant jamais été mise en vigueur.
Pourtant, les critiques disent que le plan du Trésor inclurait toujours ces activités dans le filet fiscal. Zulu voit cela comme une inversion de la logique de l’état de droit : taxer d’abord, décider de la légalité ensuite.
Le PDG de SABA, Sean Coleman, partage un avis similaire du côté de l’industrie, qualifiant d’« impensable » de taxer des revenus générés par une activité que l’État lui-même juge illégale.
Prochaine date à surveiller : le 30 janvier
Le Trésor a ouvert une période de commentaires formels. Dans son communiqué de presse, il a encouragé les parties prenantes à soumettre leurs commentaires écrits avant la clôture des affaires le 30 janvier 2026.
Que la proposition devienne un outil de réduction des méfaits, un levier fiscal ou une bataille juridique pourrait dépendre des retours reçus pendant cette période de commentaires et de la réponse du Trésor.
En attendant, l’industrie observe attentivement, consciente que les implications de cette taxe pourraient redéfinir le paysage des jeux d’argent en ligne en Afrique du Sud. Les défenseurs d’une réglementation plus stricte voient cela comme une étape nécessaire pour protéger les consommateurs vulnérables, tandis que les critiques craignent que cela n’étouffe un secteur en plein essor et n’encourage le développement de marchés parallèles illégaux.
La proposition a mis en lumière la délicate balance entre encourager l’innovation dans le secteur des jeux d’argent et protéger les citoyens des effets délétères du jeu excessif. Les débats en cours pourraient avoir des répercussions profondes non seulement pour le secteur des jeux mais aussi pour la manière dont les gouvernements abordent la taxation et la régulation dans un monde numérique en constante évolution.
