En 2024, la Norvège a de nouveau terminé parmi les premiers au tableau des médailles aux Jeux Olympiques d’hiver. Cette performance s’explique souvent par ses paysages enneigés, ses hivers sombres et sa culture tournée vers l’extérieur. Mais au-delà des sports d’hiver, des Norvégiens sont également devenus des figures mondiales du football et du golf, ce qui pousse à explorer un facteur moins évident : la politique de jeu.
La Norvège applique l’un des modèles de jeu les plus stricts d’Europe. La plupart des produits de jeu légaux, comme les loteries, les jeux de casino en ligne et les paris sportifs, sont gérés par une entreprise publique, Norsk Tipping, tandis que les paris hippiques sont contrôlés par un autre opérateur d’État. Les opérateurs privés sont largement exclus par des restrictions de licence, des blocages de paiement et des interdictions de marketing.
Ce qui rend ce modèle particulièrement pertinent pour le sport, c’est l’utilisation des profits. Une part substantielle des excédents est réservée à des « bonnes causes », avec le sport et les organisations bénévoles comme principaux bénéficiaires. Selon les résultats de 2024 versés en 2025, Norsk Tipping a versé environ 4 milliards de NOK au sport norvégien et aux installations sportives, tandis qu’environ 40 millions de NOK étaient destinés aux initiatives de lutte contre le jeu problématique. Cette répartition illustre bien ce que le monopole est vraiment conçu pour financer.
Ce modèle a permis, au fil du temps, de créer un réseau dense de structures sportives accessibles et abordables. Les frais d’adhésion peuvent être maintenus bas car une partie des coûts réels est couverte par les recettes du jeu. Les clubs peuvent demander des subventions pour les installations et l’équipement, et les enfants dans les petites municipalités ont accès à des infrastructures qui seraient commercialement impossibles à justifier.
Le rôle de cette politique dans la production de talents est significatif. La logique est simple : le monopole génère des bénéfices à partir du jeu, une part protégée de ces bénéfices est redirigée vers le sport et les installations, les clubs bénéficient d’un soutien stable et peuvent maintenir les coûts de participation bas. Ainsi, plus d’enfants peuvent se permettre de jouer, dans plus d’endroits, pendant plus d’années, augmentant ainsi la probabilité de produire des talents de premier ordre.
Pour autant, cette politique ne fait pas l’unanimité. Les critiques soulignent qu’une part relativement faible des recettes du jeu est consacrée à la prévention et au traitement du jeu problématique et questionnent si un monopole est la seule manière de financer de bonnes causes. Les défenseurs, quant à eux, arguent que la structuration actuelle est cruciale pour le maintien des programmes sportifs et des préparations olympiques.
Ainsi, bien que le monopole norvégien n’ait pas créé à lui seul les champions, il a contribué à financer les terrains, les salles, les pistes et les équipes d’entraîneurs qui ont permis à de nombreux talents de s’épanouir, intégrant la politique de jeu comme un maillon invisible mais puissant de la machine de la haute performance. Ce modèle montre comment un système bien structuré peut influencer la base de participation et, à terme, le nombre d’athlètes élites qui émergent.
