En janvier 2026, un phénomène étrange et troublant attire l’attention dans le monde des marchés de prédiction : des gens parient activement sur des scénarios impliquant le Groenland. Des questions telles que « Donald Trump acquerra-t-il le Groenland avant 2027 ? » ou « Les États-Unis envahiront-ils le Groenland en 2026 ? » ne sont pas de simples provocations; ce sont des marchés actifs où l’argent réel change de mains.
Cette situation soulève une question inconfortable : comment notre société en est-elle arrivée à considérer de telles possibilités comme des sujets de spéculation financière ?
Les marchés de prédiction sont souvent salués comme des outils permettant de capter l’intelligence collective. Selon leurs défenseurs, les prix reflètent la « sagesse des foules », fournissant des perspectives que les sondages et les experts pourraient manquer. Cependant, lorsque ces marchés touchent à des sujets aussi sensibles que la guerre, l’invasion, et le contrôle territorial, ils entrent dans une zone beaucoup plus floue.
Une fois que le conflit militaire devient quelque chose que l’on peut acheter ou vendre d’un simple clic, il cesse d’être une tragédie lointaine pour devenir un actif spéculatif. Les graphiques remplacent les conséquences humaines, les pourcentages se substituent aux vies.
Ce phénomène n’est pas totalement inédit. L’idée d’intégrer le Groenland dans la sphère géopolitique américaine n’est pas nouvelle. Donald Trump, durant sa présidence, a publiquement évoqué l’acquisition du territoire, provoquant à l’époque moqueries internationales et rejet catégorique du Danemark. Le Groenland est stratégiquement important : accès à l’Arctique, positionnement militaire, ressources naturelles et infrastructures américaines existantes en font un territoire convoité. Ce contexte historique fournit un prétexte aux marchés de prédiction pour s’y intéresser.
Cependant, le choix du Groenland comme sujet de spéculation demeure énigmatique. Récemment, Donald Trump a publiquement menacé plusieurs pays, dont le Mexique, la Colombie et Cuba. Pourtant, sur Polymarket, le Groenland s’affiche comme la cible la plus « probable ». Pourquoi ce territoire arctique semi-autonome est-il perçu comme une cible plus probable que d’autres pays directement visés dans la rhétorique de Trump ?
Se pourrait-il que le marché ne fasse que spéculer, ou a-t-il accès à des informations que le public ignore ? Aucune preuve ne suggère que Polymarket détienne des renseignements classifiés. Les marchés de prédiction sont davantage guidés par des récits, la psychologie et les perceptions de plausibilité.
En août 2025, Donald Trump Jr. a pris un rôle de conseiller chez Polymarket. Sans impliquer de manipulation ou de connaissance intérieure, cette proximité soulève des préoccupations sur l’influence et la crédibilité des marchés géopolitiques centrés sur Trump.
La proximité du pouvoir change la perception, et dans les marchés de prédiction, la perception peut être aussi précieuse que l’information. Ces marchés aident à définir les futurs qui semblent valoir la peine d’être envisagés, non pas parce qu’ils sont probables, mais parce qu’ils sont négociables.
En fin de compte, tout se résume à deux chiffres sur un écran. À ce jour, Polymarket suggère une probabilité de 11 % que les États-Unis envahissent le Groenland en 2026, et de 12 % que Donald Trump l’acquière avant 2027. Bien que peu probable, le simple fait que ces probabilités existent montre à quel point on s’est habitué à mettre en jeu des scénarios inimaginables.
Dans un monde où même les scénarios géopolitiques les plus farfelus sont réduits à des pourcentages bien emballés, peut-être que la véritable prédiction concerne la facilité avec laquelle nous avons appris à attribuer des cotes à l’impensable. Et ensuite, nous passons au marché suivant.
