Une défaillance majeure dans le système de Norsk Rikstoto, opérateur de paris contrôlé par l’État norvégien, a permis à des milliers de joueurs de placer des paris sans payer, entraînant potentiellement des pertes de plusieurs millions d’euros. Cet incident, initialement rapporté par le média norvégien Trav- og Galopp-Nytt (TGN), est actuellement examiné par l’Autorité Norvégienne des Jeux (Lotteritilsynet).
Entre le 3 et le 5 février, 5 158 clients ont placé un total de 23 716 paris sans être facturés, selon TGN. Ces paris ont été intégrés aux cagnottes de produits de courses majeures, tels que le V75 norvégien et le V86 suédois, participant ainsi dans des conditions normales, bien que sans mise collectée. Les premières estimations suggèrent des pertes comprises entre 100 000 € et 200 000 € (soit environ 1,2 à 2,4 millions de couronnes norvégiennes), basées sur des mises moyennes conservatrices. Ce chiffre pourrait être nettement supérieur en tenant compte des structures de paiement et des gains réinvestis. Norsk Rikstoto n’a pas encore révélé l’impact financier total de cet incident.
L’Autorité Norvégienne des Jeux a exprimé son inquiétude, estimant que cet événement pourrait constituer une violation de la législation sur les jeux. Dans sa communication avec Rikstoto, le régulateur a souligné que tous les jeux d’argent nécessitent une mise payée et que les paris gratuits ainsi que les paris à crédit sont strictement interdits. Malgré cela, les paris non payés ont été inclus dans les cagnottes et étaient éligibles aux gains. Une clarification est attendue concernant la question cruciale de savoir si les cagnottes ont été calculées comme si les mises non payées avaient été versées. Si tel est le cas, cela pourrait avoir faussé les paiements pour l’ensemble des participants.
Un des aspects les plus controversés de cette affaire réside dans sa gestion après coup. Rikstoto a choisi de ne pas facturer rétroactivement les joueurs pour les paris non payés. Selon l’opérateur, cela aurait pu amener les joueurs à dépasser leurs limites de jeu responsable. En pratique, cela signifiait que les joueurs pouvaient placer des paris sans aucun risque financier et conserver leurs gains, une situation qui remet directement en question les mécanismes fondamentaux des systèmes de jeux d’argent réglementés.
Cet incident de février n’était pas isolé. Un problème similaire s’est reproduit le 25 mars, impliquant également des paris placés sans paiement. Cependant, l’Autorité des Jeux n’en a été informée que le 15 avril, bien après le délai réglementaire de 72 heures pour signaler un incident grave. Dans une lettre de suivi datée du 20 avril, le régulateur a questionné les raisons pour lesquelles le délai de signalement n’a pas été respecté, pourquoi les limites de perte n’ont pas été affectées lors du second incident, et si les questions précédentes concernant la défaillance de février avaient été pleinement résolues.
Ces problèmes surviennent après la transition de Rikstoto vers une nouvelle plateforme de paris fournie par Betmakers, une évolution qui semble avoir introduit des défis techniques persistants. Les observateurs de l’industrie soulignent que de telles défaillances répétées peuvent avoir des conséquences plus larges, telles qu’une réduction du financement pour les bénéficiaires liés aux revenus des paris, une surveillance réglementaire accrue, et une érosion de la confiance des joueurs. Bror Helgestad, président de l’Association Norvégienne de Trot (DNT), a déjà averti que de telles défaillances affectent finalement le sport par le biais de distributions réduites.
L’Autorité Norvégienne des Jeux a demandé un rapport complet de Rikstoto, incluant des explications détaillées sur les deux incidents. Le résultat pourrait mener à des actions réglementaires et servir de cas d’étude sur la manière dont les défaillances des systèmes dans les environnements de paris réglementés devraient être gérées à l’avenir. Pour Rikstoto, le défi n’est plus seulement technique — il s’agit de rétablir la confiance dans un système où les erreurs ont des conséquences financières et réglementaires significatives.
