Le 10 avril 2026, la Cour Constitutionnelle de Colombie a invalidé le décret d’urgence économique signé par le Président Gustavo Petro, suscitant une onde de choc politique et économique à travers le pays. Ce décret, identifié comme Décret Législatif 1390 du 22 décembre 2025, avait pour but d’établir un État d’urgence économique, sociale et écologique de 30 jours. L’objectif principal était de transférer des pouvoirs extraordinaires à l’Exécutif afin de gérer la crise économique et sociale que traverse la Colombie.
Dès le mois de janvier 2026, la Cour avait temporairement suspendu le décret, avant de le déclarer définitivement nul fin mars 2026. Ce décret prévoyait des mesures fiscales destinées à collecter environ 11 000 milliards de pesos colombiens, notamment par l’augmentation de la TVA sur les boissons alcoolisées de 5 % à 19 %, une hausse de l’impôt sur le revenu de 15 % pour les institutions financières, ainsi que la mise en place d’une TVA de 19 % sur les articles de luxe tels que les yachts et les motos à moteur puissant. En outre, un taux similaire de TVA devait s’appliquer aux revenus issus des jeux de hasard en ligne.
La Cour, par la voix du magistrat Carlos Camargo Assís, a jugé que le décret violait des principes constitutionnels fondamentaux. Selon lui, « le décret a transgressé les principes de démocratie et de séparation des pouvoirs en attribuant au Gouvernement National des compétences relevant d’autres branches du pouvoir sans respecter les exigences constitutionnelles d’un état d’exception. »
L’invalidation du décret a également des répercussions sur d’autres textes législatifs. Les décrets 1474 de 2025 et 044 de 2026 resteront sans effet jusqu’à ce qu’une décision sur leur constitutionnalité soit rendue. Cette situation engendre une incertitude juridique quant à la mise en œuvre des législations découlant du décret invalidé.
La Cour a souligné que les justifications avancées par le Gouvernement ne répondaient pas aux critères constitutionnels d’imprévisibilité et d’urgence nécessaires pour déclarer un état d’exception. La décision a révélé des tensions significatives au sein des institutions colombiennes. Le magistrat Camargo Assís a qualifié la situation « d’affront au fonctionnement du Congrès, » soulignant que le gouvernement avait tenté de contourner le corps législatif pour accélérer ses propositions, ce qui a entraîné des complications juridiques et politiques majeures.
Cette décision marque un coup d’arrêt aux efforts du gouvernement pour assouplir la législation fiscale sans passer par le processus législatif habituel. Certains analystes estiment que le recours à de telles mesures d’urgence par le Président Petro reflète ses frustrations face aux blocages politiques rencontrés au Congrès, où ses initiatives législatives ont souvent été rejetées. Cependant, d’autres voix dans le débat soulignent que le gouvernement se devait d’agir rapidement face à une conjoncture économique difficile et que les mesures proposées auraient permis de stabiliser la situation financière du pays à court terme.
Cette annulation soulève également des questions quant à la capacité du gouvernement à naviguer efficacement dans le cadre constitutionnel tout en répondant à des crises économiques pressantes. La Cour Constitutionnelle, en réaffirmant son rôle de gardienne de l’ordre constitutionnel, a montré sa détermination à protéger la démocratie et la primauté du droit en Colombie.
En conclusion, la décision de la Cour Constitutionnelle constitue un moment décisif pour la politique colombienne, soulignant les tensions sous-jacentes entre les branches du pouvoir tout en réaffirmant l’importance des institutions dans le maintien de l’ordre constitutionnel. Cette affaire met en lumière les défis auxquels le Président Gustavo Petro est confronté dans sa tentative de réformer l’économie du pays, tout en respectant les structures démocratiques établies.
