Le 21 août 2026, un projet de loi fédéral a été introduit pour interdire aux opérateurs de marchés de prédiction de proposer des contrats liés aux incendies de forêt. Cette initiative législative, présentée par le représentant Michael Baumgartner, un républicain de Spokane, intervient après une série de feux dévastateurs dans l’Est de Washington. Ce projet de loi, baptisé « Wildfire Event Contract Prohibition Act », vise à empêcher que des catastrophes naturelles ne soient transformées en opportunités de paris financiers.
Depuis le 1er août, cinq personnes ont été arrêtées dans le comté de Spokane pour des cas présumés d’incendie criminel, bien qu’aucun lien n’ait été établi entre ces incidents et les marchés de prédiction. Baumgartner souligne que le Congrès ne devrait pas attendre d’éventuelles connexions avant d’agir.
Le projet de loi interdit aux plateformes de marchés de prédiction enregistrées au niveau fédéral de proposer des contrats sur les incendies de forêt, y compris des mesures connexes qui pourraient contourner l’interdiction. Il appelle également le ministère de la Justice à coopérer avec la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) et d’autres agences fédérales pour combattre les schémas de paris sur les incendies, y compris ceux opérant depuis l’étranger.
Des plateformes comme Polymarket et Kalshi ont considérablement étendu le domaine des marchés de prédiction au-delà des prévisions politiques et sportives traditionnelles. Des contrats ont été négociés sur des événements futurs tels que les guerres, la violence politique et des événements de célébrités. Notamment, Polymarket a hébergé des contrats liés aux incendies de forêt meurtriers qui ont ravagé le sud de la Californie en janvier 2025.
Cet exemple précis a suscité des inquiétudes à Washington. Le sénateur Jeff Merkley de l’Oregon et huit autres sénateurs démocrates ont cité des rapports indiquant que plus de 1,2 million de dollars avaient été pariés via Polymarket sur des questions liées aux incendies de Palisades et d’Eaton, qui ont tué 31 personnes et détruit plus de 16 000 structures. Ils ont demandé à la CFTC d’expliquer si ses règles proposées pourraient prévenir de tels contrats à l’avenir. Ils ont également souligné les risques plus larges d’autoriser les marchés de prédiction à couvrir des catastrophes et des urgences publiques.
La CFTC avait déjà avancé vers des contrôles plus stricts. Le 12 juin, elle avait proposé des règles permettant des restrictions sur les contrats d’événements jugés contraires à l’intérêt public. Les commentaires publics ont été clôturés le 27 juillet. L’agence n’avait pas encore répondu aux demandes de commentaires le mercredi, et le bureau de Merkley a indiqué ne pas avoir reçu de réponse aux questions des sénateurs.
Pendant ce temps, un débat fédéral se déroule parallèlement à une bataille juridique distincte dans l’État de Washington. Le 12 août, un juge du comté de King a bloqué Kalshi de proposer des contrats sur les sports, les élections et d’autres événements dans l’État. Cette décision fait suite à un procès intenté par le procureur général de Washington, Nick Brown, un démocrate, accusant l’entreprise de violer les lois sur les jeux d’argent de l’État.
Ce différend illustre la ligne difficile que les opérateurs de marchés de prédiction testent actuellement : leurs produits devraient-ils être traités comme des contrats financiers sous surveillance fédérale ou comme des jeux d’argent soumis à la réglementation de l’État ?
Les contrats sur les incendies de forêt posent une version particulièrement inconfortable de cette question. Kalshi a précédemment déclaré ne pas proposer de marchés impliquant des incendies, des guerres ou du terrorisme. Polymarket a également déclaré au Washington Post que ses clients américains ne peuvent pas accéder à ses marchés des incendies, bien que de tels contrats aient été disponibles via sa plateforme internationale.
L’historique de Polymarket avec les régulateurs américains complique cette distinction. La CFTC a interdit à l’entreprise d’opérer aux États-Unis pendant trois ans, jusqu’en novembre 2025. Pendant cette période, les utilisateurs américains pouvaient encore tenter d’accéder à la plateforme via des réseaux privés virtuels.
La proposition de Baumgartner vise à combler ce genre de lacune. Le député soutient que les restrictions volontaires imposées par les entreprises individuelles ne suffisent pas. Son projet de loi établirait une règle fédérale unique plutôt que de laisser les opérateurs décider quels marchés liés aux catastrophes sont acceptables et pour quels clients. Cela étendrait également la question au-delà des États-Unis, car la législation appelle à des efforts pour dissuader et poursuivre les schémas de paris liés aux incendies opérés à l’étranger.
Pour l’instant, aucun contrat lié aux incendies du complexe de Spokane n’apparaît sur Polymarket au mercredi, tandis que les marchés liés aux incendies de Californie restent visibles sur la plateforme. La distinction est cruciale. La proposition actuelle n’est pas fondée sur la preuve que les marchés de prédiction ont encouragé les récents incendies de Spokane. Elle repose sur la possibilité qu’un marché financier puisse créer une incitation à influencer un événement déjà capable de détruire des maisons, de menacer des pompiers et de tuer des gens.
Le projet de loi laisserait aux États la liberté de réglementer les jeux d’argent au sein de leurs propres juridictions, mais imposerait une interdiction fédérale sur les contrats d’événements liés aux incendies de forêt proposés par des marchés de prédiction enregistrés au niveau fédéral. Reste à savoir si le Congrès agira. Mais la proposition place une question étroite directement devant les législateurs : un incendie de forêt devrait-il jamais être quelque chose sur lequel les gens peuvent parier pour un profit ?
