Registre de désinscription pour la publicité de jeux d’argent proposé par le gouvernement australien

Le gouvernement australien, dirigé par Anthony Albanese, a récemment proposé une réforme significative dans le cadre de sa politique sur les jeux de hasard. Cette initiative vise à créer un Registre de désinscription pour la publicité de jeux d’argent, permettant ainsi aux citoyens de retirer ces publicités de leurs flux en ligne via une plateforme unique. Cette mesure s’inscrit dans un effort pour alléger le fardeau des utilisateurs qui, jusqu’à présent, devaient naviguer individuellement sur chaque plateforme pour désactiver ces publicités.

Ce registre serait géré par l’Autorité australienne des communications et des médias (ACMA) et financé par une taxe imposée aux sociétés de paris en ligne agréées. Plutôt que de laisser les utilisateurs fouiller dans les paramètres des services de streaming, des sites web et des réseaux sociaux, ce système fonctionnerait comme le Registre anti-démarchage téléphonique, offrant une solution nationale unifiée.

La nécessité de cette réforme est amplifiée par des chiffres fournis par SBS. Parmi les quelque 15 millions d’utilisateurs de son service de streaming à la demande, seuls 130 000 ont choisi de bloquer la publicité de jeux d’argent. Cela soulève la question de l’efficacité du système actuel de désinscription, comme souligné par le sénateur indépendant David Pocock lors de l’enquête du Sénat.

La solution de Labor vise à remédier à ces insuffisances sans pour autant adopter les mesures plus radicales réclamées par d’autres parties du Parlement, telles que rendre la publicité de jeux d’argent opt-in ou l’interdire complètement. La ministre des Communications, Anika Wells, a introduit un projet de loi incluant ce registre et d’autres modifications en réponse aux conclusions de l’enquête sénatoriale.

Parmi les nouvelles mesures proposées, on trouve des réglementations plus strictes concernant les incitations au jeu, des restrictions sur le marketing direct et la publicité sur les réseaux sociaux, ainsi que des limitations sur les tentatives d’obtenir le consentement des utilisateurs pour ce marketing. Le gouvernement se concentre particulièrement sur la capacité des incitations à encourager le jeu et à aggraver les problèmes liés aux jeux d’argent.

Toutefois, des questions subsistent quant au fonctionnement pratique de ce système. La complexité technique et administrative est considérable, et il reste à voir si le registre pourra être opérationnel d’ici le 1er janvier 2027, date à laquelle plusieurs éléments des réformes de Labor doivent être mis en place.

Le compromis difficile derrière cette politique publicitaire plus large se dévoile ainsi lentement. En 2023, une enquête parlementaire menée par la regrettée députée travailliste Peta Murphy préconisait une interdiction progressive de la publicité en ligne pour les jeux d’argent. Labor a choisi une autre voie, optant pour un système à triple verrou : limiter la publicité aux utilisateurs connectés, garantir que ces utilisateurs soient adultes, et leur offrir un mécanisme de désinscription.

Pour les défenseurs de la lutte contre les dangers liés aux jeux d’argent, ce modèle repose encore trop sur la responsabilité des individus. Un choix enfoui dans les paramètres de compte a une utilité limitée si les utilisateurs ne le découvrent que rarement. Le registre national proposé est la réponse de Labor à cette critique, tout en conservant l’architecture fondamentale de l’opt-out.

David Pocock estime que les réformes ne brisent pas le lien entre le sport et les jeux d’argent. Dans sa réponse à l’enquête du Sénat, il conclut que la législation ne parviendra pas à rompre les relations entre le sport et les jeux d’argent, ni à réduire suffisamment l’exposition des enfants à la promotion des paris. Il met également en cause le gouvernement sur l’équilibre entre les intérêts des entreprises de paris et des organisations sportives et l’urgence de restrictions plus strictes pour des raisons de santé publique.

Les chiffres de SBS font partie de cette critique, illustrant à quel point les consommateurs désactivent rarement les publicités de jeux d’argent lorsque la responsabilité leur incombe. Déplacer ce choix vers un registre national unique simplifie le processus, mais ne change pas le principe sous-jacent : la publicité pour les jeux d’argent reste autorisée sauf si l’utilisateur décide de ne plus la recevoir.

Les Verts, quant à eux, poussent pour une interdiction totale de la publicité en ligne pour les jeux d’argent. La sénatrice Sarah Hanson-Young a fait savoir que le parti ne soutiendra pas le paquet législatif dans sa forme actuelle, appelant à la création d’un régulateur national des jeux d’argent et à une interdiction complète des incitations. Ces demandes vont bien au-delà du modèle révisé de Labor.

En revanche, les sénateurs de la Coalition, Sarah Henderson et Dean Smith, se sont concentrés sur le fait que la plupart des Australiens qui jouent le font de manière responsable, défendant le rôle des industries du pari et associées. Ils ont néanmoins relevé des faiblesses dans le traitement des incitations et de l’exposition des enfants aux promotions de jeux d’argent par le gouvernement. Selon leur analyse, Labor disposait de plus de trois ans pour élaborer sa réponse et a produit une législation qui ne va pas assez loin.

La position finale de la Coalition est maintenant cruciale. Des figures gouvernementales estiment qu’un accord avec le chef de l’opposition Angus Taylor est proche, suite à plusieurs rencontres entre Taylor et le Premier ministre Anthony Albanese la semaine dernière. La Coalition n’a cependant pas encore garanti publiquement son soutien, et d’autres amendements du gouvernement sont attendus mardi.

Ainsi, Labor tente de conclure un accord parlementaire tout en réécrivant simultanément des parties de son propre paquet de réformes. L’enjeu du registre national est de supprimer l’un des défauts pratiques les plus évidents du système original. Au lieu de demander à des millions d’Australiens de localiser des contrôles dispersés, il promet un point de retrait unique. Toutefois, Labor a évité de faire le pas vers un modèle opt-in, niant, au moins dans cette législation, l’interdiction totale de la publicité en ligne recommandée par l’enquête Murphy et soutenue par les militants contre les dangers liés aux jeux d’argent et les Verts.

Ainsi, le débat parlementaire ne se réduit plus à fournir aux Australiens un moyen plus simple de se soustraire à la publicité pour les jeux d’argent, mais s’interroge sur la nécessité même pour eux de demander cette protection.

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